1er octobre 2025

Alors que l’Association internationale des critiques de théâtre (AICT) s’apprête à fêter son 70e anniversaire en 2026, nous marquons cette étape importante avec fierté, mais aussi avec une profonde inquiétude. Fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à une époque où le monde aspirait à la guérison par le dialogue, la culture et la compréhension mutuelle, l’AICT a toujours défendu la valeur du théâtre en tant que force humanisante, tant en temps de paix qu’en temps de crise.

Aujourd’hui, nous nous trouvons à un carrefour précaire. Partout dans le monde, l’autoritarisme renaît. Les dissensions politiques, les conflits armés et l’érosion des institutions démocratiques ont créé un climat de peur, de désinformation et de censure. Les souffrances de nos collègues et des citoyens en Ukraine, en Géorgie, en Serbie et au Moyen-Orient, associées à l’érosion des normes démocratiques dans le monde entier et à la polarisation croissante et aux menaces qui pèsent sur la liberté d’expression aux États-Unis, ne révèlent pas des défis isolés, mais une crise mondiale profonde qui met en péril les fondements de la société civile.

En cette période de troubles, le théâtre, art fondé sur le dialogue, la réflexion et la communauté, joue un rôle encore plus crucial. Pourtant, les gouvernements renoncent à leurs engagements historiques en faveur des arts du spectacle. Les réductions budgétaires, le démantèlement des ministères de la Culture et les décisions de financement politisées ont privé d’innombrables artistes de ressources et de sécurité. Le financement public des arts, déjà fragile dans de nombreux pays, disparaît alors qu’il est plus que jamais nécessaire.

Ces pressions ne sont pas seulement financières, mais existentielles. Les artistes et les critiques de théâtre sont de plus en plus confrontés à la répression, à la marginalisation, à l’emprisonnement et à l’exil. Les travailleurs culturels dans les zones de conflit ou dans des pays gouvernés par des régimes répressifs sont victimes de harcèlement, voire pire, simplement pour avoir défendu la liberté d’expression des artistes et l’esprit critique propre au théâtre. La communauté théâtrale mondiale ne doit pas rester silencieuse face à une telle oppression.

En tant qu’organisation représentant les critiques de plus de 60 pays, l’AICT affirme que la liberté de créer, de critiquer et de s’exprimer est fondamentale pour la dignité humaine et la vie démocratique. Nous reconnaissons que notre rôle en tant que critiques va au-delà de l’esthétique ; nous sommes également les témoins de notre époque. Nous devons défendre les oeuvres qui interrogent le pouvoir, suscitent l’empathie et prônent la justice.

Nous appelons les gouvernements, les institutions culturelles et la société civile à renouveler leur engagement en faveur des arts du spectacle, non pas comme s’il s’agissait d’un luxe, mais bien parce qu’ils constituent les piliers d’un monde libre et réfléchi. Nous les exhortons à reconnaître le rôle essentiel des artistes et des critiques dans le maintien du discours démocratique et la résistance aux discours autoritaires.

En 2026 et au-delà, l’AICT s’engage à continuer d’amplifier la voix des artistes et des critiques de théâtre qui travaillent sous la contrainte. Nous forgerons des alliances plus profondes au-delà des frontières, soutiendrons la liberté d’expression et plaiderons en faveur d’un investissement public équitable et durable dans les arts.

Le théâtre n’est pas un luxe, c’est une bouée de sauvetage pour notre humanité commune. Agissons en conséquence.

Publié au nom du Comité exécutif,

Jeffrey Eric Jenkins
Président
Natalia Tvaltchrelidze
Secrétaire général